Du 30 octobre au 1er novembre 2026, Nabeul a accueilli la 12ᵉ édition du Festival de la Harissa, organisée par l’Association pour la Sauvegarde de la Ville de Nabeul (ASVN). Trois journées consacrées à la célébration d’un patrimoine culinaire emblématique, entre savoir-faire ancestral, rencontres culturelles, découvertes gastronomiques et valorisation des produits du terroir.
À Nabeul, la harissa occupe une place particulière dans le patrimoine et la mémoire collective. Bien plus qu’un condiment incontournable de la cuisine tunisienne, elle représente un savoir-faire transmis de génération en génération et une tradition profondément ancrée dans l’identité du Cap Bon.
C’est pour préserver et promouvoir cet héritage que l’Association pour la Sauvegarde de la Ville de Nabeul (ASVN) organise depuis 2015 le Festival de la Harissa, devenu au fil des éditions un rendez-vous important du calendrier culturel et gastronomique de la région.
Pour cette douzième édition, les organisateurs ont donné une nouvelle dimension à la manifestation, en associant le cadre patrimonial de Dar Nabeul à un espace d’exposition et d’animation ouvert sur l’avenue Habib-Bourguiba.
Une 12ᵉ édition qui investit le cœur de Nabeul
L’une des principales nouveautés de l’édition 2026 a été l’installation d’un grand chapiteau sur la promenade de la Cité des Potiers, avenue Habib-Bourguiba, à proximité du siège du gouvernorat de Nabeul.
Cet espace a été réservé à l’exposition et à la vente de produits du terroir, avec une trentaine d’exposants et d’artisans annoncés.
Piments rouges, harissa traditionnelle, épices, préparations artisanales et autres spécialités locales ont ainsi bénéficié d’une vitrine au cœur de la ville.
De son côté, Dar Nabeul, siège de l’ASVN situé sur l’avenue Farhat-Hached, a conservé sa vocation culturelle et patrimoniale en accueillant les ateliers, les conférences, les démonstrations culinaires et les activités artistiques.
Cette organisation sur deux sites complémentaires a permis de rapprocher davantage le festival de la vie quotidienne de la cité, tout en préservant son ancrage dans le patrimoine historique nabeulien.
La harissa, un savoir-faire tunisien reconnu par l’UNESCO
La célébration de la harissa prend une dimension particulière depuis son inscription, en décembre 2022, sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.
Cette reconnaissance internationale ne concerne pas uniquement le produit fini, mais l’ensemble des connaissances, des techniques et des pratiques sociales liées à sa fabrication en Tunisie.
De la culture du piment à son séchage au soleil, en passant par sa préparation, son broyage et sa conservation, la harissa représente un héritage vivant, étroitement lié aux traditions familiales et à la transmission des savoir-faire.
Les femmes occupent une place essentielle dans cette transmission. Agricultrices, artisanes et préparatrices perpétuent des méthodes qui témoignent de la richesse du patrimoine alimentaire tunisien.
Le Festival de la Harissa de Nabeul s’inscrit directement dans cette démarche de sauvegarde. Les initiatives associatives et les festivals consacrés à la harissa figurent d’ailleurs parmi les mesures de préservation évoquées dans le dossier de reconnaissance de l’UNESCO.
Des ateliers vivants pour faire découvrir les traditions nabeuliennes
Pendant les trois journées du festival, Dar Nabeul a proposé une programmation associant gastronomie, artisanat et création artistique.
Les ateliers de préparation de la harissa traditionnelle ont occupé une place centrale, permettant de faire découvrir les gestes et les techniques de fabrication artisanale.
Les visiteurs ont également pu s’intéresser aux différentes variétés de harissa connues dans la région, notamment la harissa arbi, la harissa mdachcha et la harissa mfawra, qui témoignent de la diversité des préparations locales.
Le programme comprenait également des ateliers de mosaïque, de calligraphie arabe et de dessin sur chevalet, ainsi que des dégustations de recettes traditionnelles.
Ces activités ont rappelé les liens étroits qui unissent la gastronomie aux autres expressions du patrimoine nabeulien, notamment la céramique, les arts décoratifs et les traditions populaires.
Quand la pizza napolitaine rencontre la harissa de Nabeul
Parmi les attractions les plus originales de cette édition figurait la participation de pizzaïolos italiens, venus proposer une rencontre gastronomique entre la tradition napolitaine et les saveurs tunisiennes.
Le concept : revisiter la célèbre pizza italienne en intégrant une sauce à base de harissa tunisienne.
Des démonstrations culinaires et des séances de dégustation ont été inscrites au programme du samedi 31 octobre et du dimanche 1er novembre.
Cette initiative illustre le potentiel de la harissa au-delà de ses usages traditionnels et sa capacité à trouver une place dans de nouvelles créations culinaires.
Elle ouvre également des perspectives intéressantes pour la promotion internationale des produits du terroir nabeulien, en associant authenticité, créativité et échanges entre cultures méditerranéennes.
La recherche scientifique et la jeunesse à l’honneur
Le Festival de la Harissa ne se limite pas à la découverte gastronomique. Il constitue également un espace de réflexion sur la préservation du patrimoine alimentaire et agricole.
Cette douzième édition a accordé une place importante aux conférences scientifiques, notamment autour des variétés locales de piments, des semences traditionnelles et de la mémoire culinaire de la région.
Le programme prévoyait des interventions des docteures Asmahen Ben Barka, Thouraya Rhim et Salma Laaribi, cette dernière abordant notamment les traditions culinaires du territoire nabeulien.
La participation des étudiants en architecture d’EPI Sousse a apporté une dimension supplémentaire à la manifestation.
À travers une exposition de projets inspirés de l’univers du piment et de la harissa, les étudiants ont proposé un regard créatif sur l’identité de Nabeul et sa représentation dans l’espace urbain.
Leurs travaux ont également fait l’objet d’une évaluation par un jury dans le cadre du programme du festival.
Cette rencontre entre patrimoine, recherche et création souligne l’importance d’impliquer les nouvelles générations dans la valorisation de l’héritage local.
Un événement au service des artisans et de l’économie locale
Au-delà de sa dimension festive, le Festival de la Harissa joue un rôle dans la promotion des activités agricoles, artisanales et commerciales liées au piment et à ses produits dérivés.
Pour les petits producteurs et les artisanes, la manifestation représente une occasion de présenter leur savoir-faire, de rencontrer directement les consommateurs et de renforcer la visibilité de leurs produits.
L’implantation d’un espace d’exposition-vente sur l’avenue Habib-Bourguiba s’inscrit dans cette volonté de donner davantage de visibilité à l’économie du terroir.
Le festival contribue également à promouvoir l’image de Nabeul comme destination culturelle et gastronomique, en complément de ses atouts touristiques traditionnels, de son artisanat et de son riche patrimoine historique.
L’ASVN, un engagement durable pour le patrimoine nabeulien
Fondée en juillet 1996, l’Association pour la Sauvegarde de la Ville de Nabeul œuvre depuis trois décennies à la protection et à la valorisation de l’identité historique, architecturale et culturelle de la ville.
À travers ses différentes initiatives, dont le Festival de la Harissa, l’association contribue à faire vivre les traditions locales tout en sensibilisant le public à l’importance de leur préservation.
La douzième édition du festival illustre cette démarche, en réunissant acteurs associatifs, producteurs, artisans, universitaires, étudiants et passionnés du patrimoine autour d’un même objectif : transmettre et valoriser les richesses de Nabeul.
Nabeul, une ville fière de son identité
La 12ᵉ édition du Festival de la Harissa s’est achevée le dimanche 1er novembre 2026, avec une clôture programmée à Dar Nabeul autour de la remise des attestations de participation et d’un spectacle folklorique.
En associant traditions culinaires, création artistique, rencontres scientifiques et échanges internationaux, cette édition a démontré toute la richesse culturelle qui se cache derrière un produit aussi familier que la harissa.
À travers cette manifestation, l’ASVN poursuit un travail essentiel : préserver les savoir-faire du passé, les transmettre aux nouvelles générations et faire rayonner l’identité nabeulienne bien au-delà des frontières du Cap Bon.
Car la harissa de Nabeul n’est pas seulement une spécialité gastronomique. Elle est aussi le reflet d’une terre, d’une histoire et d’un patrimoine collectif qui mérite d’être préservé et partagé.



